Par: Tim Motis
Publié: 26/04/2019


En août 2018,  j'ai participé au 30ème Congrès international d'horticulture à Istanbul, en Turquie. C’était une excellente occasion de rencontrer d’autres scientifiques et de suivre des exposés sur des sujets liés à l’agriculture, dont beaucoup intéressaient le réseau de ECHO. Voici un résumé de quelques-unes de ces discussions.

L'acide salicylique pour une meilleure tolérance au stress

Plusieurs présentations ont été faites sur l'acide salicylique (AS), une hormone végétale qui améliore la résistance aux maladies et la tolérance aux facteurs de stress environnementaux tels que la chaleur, le froid et la sécheresse. Une forme d’AS appelée acide acétylsalicylique (AAS) est l'ingrédient actif de l'aspirine, un médicament couramment disponible et connu de la plupart des gens. J'ai assisté à une conférence de M.R. Shaheen, qui a fait savoir que la pulvérisation de feuilles de tomate avec une concentration de 1,5 mM (millimolaire) d’AS améliorait la capacité de la culture à résister aux températures élevées (40°C). La plupart des recherches formelles sont effectuées avec de l’AS en laboratoire au lieu de comprimés d’aspirine, mais Shaheen a déclaré que l’aspirine pouvait être utilisée. Bien que l'aspirine ne doive pas être considérée comme un substitut à une bonne gestion agricole, elle pourrait contribuer à améliorer les performances des cultures dans des conditions de croissance moins qu'idéales. 

Comme pour toute nouvelle pratique, minimisez les risques en expérimentant sur un petit nombre de plantes. Essayez de faire varier la concentration, l'intervalle d'application ou la méthode d'application. Ne rendez pas la concentration trop élevée; évitez d'utiliser plus de deux comprimés d'aspirine par gallon d'eau. Selon la pureté des pilules, deux comprimés d’aspirine de 325 grammes dissous dans 3,8 litres (1 gallon) d’eau équivalent à environ 1 mM d’AAS. Senaratna et al. (2000) ont indiqué des effets négatifs avec plus de 1 mM d’AAS sur les plants de haricots et de tomates.

Lors de la pulvérisation d’une solution d’AAS sur des plantes, le moment choisi est important. Shaheen a recommandé de pulvériser les feuilles de tomate lorsque la température de l'air atteint 32°C et/ou à la floraison. Je ne me souviens pas s’il a pulvérisé de l’AS plus d’une fois après chacun de ces événements. En naviguant en ligne, j'ai trouvé des exemples de réussite d'application d’AS ou d'AAS à des moments (par exemple, des stades de croissance ou lorsque des températures, des taux d'humidité du sol ou des populations de ravageurs limitant le rendement sont atteints) ou à des intervalles spécifiques (par exemple toutes les deux à trois semaines). Une approche comme celle de Shaheen renforcerait les défenses des plantes à des stades de croissance critiques et lorsque les plantes sont exposées à des conditions défavorables.

Outre les pulvérisations foliaires, l'AAS peut être appliqué en trempant le sol avec la solution ou en trempant les semences dans la solution. Senaratna et al. (2000) ont constaté que de l'eau contenant entre 0,1 et 0,5 mM d'AAS augmentait la tolérance des plantules de haricots et de tomates à de multiples stress (chaleur, froid et sécheresse); cela s'est produit lorsque les semences ont été trempées dans une solution d’AAS pendant 24 heures avant le semis, et également lorsque la solution a été utilisée pour saturer le sol de jeunes plants en pot âgés de deux semaines.  

Pratiques post-récolte pour une durée de conservation plus longue des fruits et légumes

Un certain nombre de discussions ont été consacrées à la réduction des pertes post-récolte de produits périssables. Vous trouverez ci-dessous quelques techniques pratiques discutées pour la mangue et la tomate.

Options de traitement de la mangue

Md. Atiqur Rahman a parlé de plusieurs pratiques utilisées au Bangladesh pour prolonger la durée de conservation des mangues: l'ensachage des fruits avant la récolte, un outil de récolte minimisant les dégâts causés aux fruits, l'utilisation de caisses plastiques empilables, et le traitement à l'eau chaude. Ces pratiques sont surtout applicables aux agriculteurs qui vendent leurs mangues sur des marchés lointains. Ci-dessous sont résumés les pratiques, tirés de certaines parties de l’exposé de Rahman, d’une publication de la FAO (2018) (dans laquelle Rahman est cité comme contributeur) et d’un document de vulgarisation de Brecht et al. (2017). Ces deux derniers documents sont bien illustrés par des photos et contiennent des informations supplémentaires sur ces pratiques et d’autres pratiques post-récolte.

Garantir la qualité des fruits: Pour obtenir les meilleurs prix du marché, récoltez des mangues mûres encore vertes ou qui commencent à se colorer. De telles mangues mûrissent correctement sur l'arbre et ne sont pas aussi susceptibles que les fruits bien mûrs de se blesser et de se gâter pendant le transport. Récoltez des mangues vertes mûres si vous les soumettez à un traitement à l’eau chaude (voir plus loin). Un indicateur couramment utilisé du stade vert mature est l'élargissement du fruit à l'extrémité pédonculaire, ce qui donne des «épaules» (voir page 35 de Brecht et al. 2017). Veillez à ne pas récolter trop tôt car cela résulterait en une mauvaise saveur. Gardez les fruits exempts de taches, telles que les cicatrices causées par l'alimentation des insectes et les dégâts causés par le vent, les taches de latex (sève), les défauts liés à une maladie, et les dégâts mécaniques dus à une mauvaise manipulation.

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Figure 5. Ensachage de mangues au Myanmar. Source: Brian Flanagan

Ensachage des fruits avant la récolte: cela vise à réduire les dégâts causés par les insectes et à améliorer la qualité générale des fruits. Six ou sept semaines après la nouaison, placez un sac en papier sur chaque mangue et enveloppez-la à l'extrémité pédonculaire du fruit (pour empêcher le sac de tomber du fruit; figure 5). Laissez les sacs sur les fruits dans l'arbre jusqu'à la récolte. Voir les rapports de recherche de Rathore and Pal (2016) et Islam et al. (2017) et Islam et al. (2017) pour des informations sur l'amélioration de la conservation et de la qualité des fruits.

Utilisation d'un outil de récolte approprié: Cet outil se compose d'un poteau avec une lame pour retirer les fruits et d'un filet de cueillette pour empêcher les fruits de tomber au sol (Figure 6). Laisser quelques centimètres de tige attachés au fruit réduit les écoulements de sève / latex sur le fruit.

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Figure 6. Exemples, au Myanmar, d’un outil de récolte de mangue équipé d’un filet de cueillette et de bords à lames pour couper les tiges de fruits. Notez les lames de scie à métaux utilisées dans l'outil à droiteSource: Brian Flanagan

Le délatexage (élimination du latex des fruits): Cette étape et le traitement à l'eau chaude sont effectués dans un local de conditionnement. Le délatexage améliore l'aspect et la qualité marchande des fruits en prévenant les taches de sève. Utilisez un sécateur pour couper les tiges laissées sur les fruits à la récolte. Ensuite, placez les fruits sur un filet en métal ou en plastique, avec l’extrémité pédonculaire vers le bas. Laisser le latex s'égoutter sur le sol sous la grille pendant environ 30 minutes.

Traitement à l'eau chaude: il s'agit d'un moyen non chimique de minimiser les défauts causés par les maladies post-récolte - la pourriture de l’extrémité pédonculaire  et l'anthracnose. Pour certains marchés, ceci est indispensable pour prévenir les larves de mouches des fruits. Cette pratique est peut-être la plus difficile à mettre en œuvre. Les agriculteurs utilisant le traitement à l'eau chaude devraient récolter les fruits au stade vert mature, car les fruits verts sont moins sensibles aux dégâts causés par la chaleur que ceux présentant une couleur. Placez les fruits dans une bassine d'eau chauffée à 55°C pendant 5 à 10 minutes; remuez l'eau, manuellement ou avec une pompe, pour garantir une température uniforme dans toute la cuve. Le traitement à l'eau chaude accélère la maturation. Si les fruits doivent être expédiés sur une longue distance, laissez-les refroidir après le traitement à l'eau chaude pendant 10 minutes dans de l'eau de robinet à la température ambiante. Steve Sargent (2019), spécialiste de la post-récolte à l'Université de Floride, a donné l’explication suivante:

«Les traitements à l'eau chaude peuvent être efficaces pour lutter contre la pourriture, mais il faut prendre soin d'éviter les dégâts thermiques. Un refroidissement avec de l'eau ambiante est donc une bonne pratique. L’assainissement est l’un des problèmes majeurs de tout traitement à l’eau. Nous recommandons 150 ppm de chlore libre dans tout type d’eau pour tuer les champignons en particulier; bien sûr, cela éliminera également les bactéries de décomposition et les bactéries pathogènes pour l'homme. [Sans addition de chlore], l'eau devient une soupe d'inoculation. Pour de meilleurs résultats, le pH de la solution doit être compris entre 6,8 et 7,2. »

À l'aide d'un calculateur de dilution en ligne, vous obtenez 150 ppm de chlore dans 1 litre d'eau avec 3 ml d'eau de Javel contenant 5,25% d'hypochlorite de sodium. Sargent a également averti que les protocoles de traitement à l'eau chaude (pour la température de l'eau, les équipements et d'autres aspects du processus) sont très stricts pour l'exportation de mangues aux États-Unis (USDA-PPQ 2016).

Caisses empilables: Les fruits traités sont placés dans des caisses avec des trous sur les côtés pour la ventilation. Les caisses sont tapissées de papier propre, de sacs de jute ou de plastique pour protéger les fruits contre des blessures lors du transport jusqu'au marché. Lorsque les caisses en plastique ne sont pas disponibles et que des paniers sont utilisés en lieu et place, il est conseillé de les recouvrir d’un matériau de rembourrage pour la même raison.

Problèmes de commercialisation de la tomate et possibilités de séchage

Les communications de J.W.H. van der Waal et O. Oyedele portaient sur la chaîne d'approvisionnement de la tomate au Nigéria. Oyedele a recueilli des données auprès de 146 producteurs de tomate dans l'État d'Oyo. Près des deux tiers (65%) de ces agriculteurs vendaient toute leur tomate sur les marchés ruraux, contre 21% seulement sur les marchés urbains. Les marchés urbains offrent des prix plus élevés et un accès à une population plus nombreuse, mais les marchés ruraux sont plus proches des champs des agriculteurs. Les agriculteurs ont cité la périssabilité et la fluctuation des prix comme deux contraintes majeures à la commercialisation.

Van der Waal a évalué les méthodes de transport de la tomate et a constaté que l'utilisation de caisses en plastique permettait de préserver la qualité des fruits pendant leur transport vers les marchés. Les caisses réduisent les dégâts causés aux fruits en raison de leurs côtés lisses, de leurs trous pour la ventilation et du fait qu'elles peuvent être empilées sans écraser les tomates au fond d'une plate-forme de camion. Les pertes en fruits ont été réduites de 30% avec des paniers tissés (qui ne peuvent être utilisés qu'une seule fois) à 12% avec les caisses. Van der Waal a souligné que les caisses sont disponibles au Nigéria, mais que leur adoption est souvent limitée, car les agriculteurs ne veulent pas risquer de les perdre dans la chaîne d'approvisionnement.

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Figure 7. Boîte de séchage surélevée en Tanzanie. Source: Stacy Swartz

Les prix de la tomate varient en fonction de la période de l’année, de la qualité des fruits et de la distance qui les sépare des marchés. Des cultures échelonnées et le séchage des fruits ont été discutés en tant que deux possibilités pour faire face aux fluctuations des prix. Les cultures peuvent être échelonnées avec succès dans les zones où la période de culture dela tomate est suffisante (c'est-à-dire pas trop chaude / sèche ou humide; l'irrigation est utile). Le séchage rallonge le délai de vente des fruits et permet aux agriculteurs de commercialiser leurs fruits rejetés, des fruits que l'on peut consommer mais qui sont petits ou difformes. Le séchage des tomates sur une plate-forme ou une table surélevée (Figure 7) donne des fruits d’une qualité supérieure à celle du séchage sur le sol, où les fruits sont facilement contaminés par la poussière, le sable et les animaux. Un article intitulé « Modernizing tomato production in Nigeria [Moderniser la production de tomates au Nigéria]» (Umar 2019) met en lumière certains problèmes liés au séchage au soleil des tomates au sol.

Chambres de refroidissement sans énergie

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Figure 8. Une chambre de refroidissement par évaporation à l’AVRDC en Tanzanie, faite de briques. Source: Stacy Swartz

Pour prolonger la durée de conservation des produits frais, les fruits et les légumes doivent être conservés dans des conditions fraîches et humides. Les températures fraîches prolongent la durée de vie des produits récoltés en ralentissant la maturation. L'humidité réduit les pertes en eau, empêchant les fruits et les légumes de se dessécher et de se ratatiner. Bien que les réfrigérateurs puissent fournir des conditions froides et humides, leur achat et leur entretien sont coûteux. Les chambres de refroidissement sans énergie (CRSE) sont une alternative peu coûteuse. W.B. Legesse a présenté des travaux sur les CRSE testés par l’AVRDC (Centre mondial des légumes) au Mali. L'approche utilise des matériaux poreux et le refroidissement par l'évaporation. Un exemple de refroidissement par évaporation est la méthode pot-in-pot décrite dans EDN 89.

Un pot en argile contenant des fruits/légumes est placé dans un pot en argile légèrement plus grand. L'espace entre les deux pots est rempli de sable, qui reste humide. Les produits dans le pot intérieur sont refroidis à mesure que l'eau s'évapore par les côtés du pot extérieur. L'évaporation, avec le refroidissement associé, se produit tant que l'air ambiant n'est pas déjà saturé d'humidité. Pour cette raison, les CRSE fonctionnent mieux par temps chaud et sec. Le centre au Mali a expérimenté des CRSE fabriquées avec des pots en argile, des sacs en toile, de la paille et des briques (voir la figure 8 pour un exemple de CRSE en briques). Tous ces matériaux réduisaient la température, mais les sacs et la paille sèchaient plus vite - et devaient être remouillés plus fréquemment - que les pots en argile et les briques.

Pour des liens vers plus d’informations, consultez les sites Web suivants:

Références

Brecht, J.K., S.A. Sargent, A.A. Kader, E.J. Mitcham, F. Maul, P.E. Brecht, et O. Menocal. 2017. Mango Postharvest Best Management Practices Manual [Manuel des meilleures pratiques de gestion après récolte de la mangue] – HS1185 (révisé), (éd. J.K. Brecht). Conseil national de la mangue et UF / IFAS.

FAO. 2018. Post-harvest Management of Mango for Quality and Safety Assurance: Guidance for Horticultural Supply Chain Stakeholders [Gestion après récolte de la mangue pour assurer la qualité et la sécurité: Guide des intervenants dans la chaîne d'approvisionnement de l'horticulture]. Rome.

Islam, M.T., M. Shamsuzzoha, M.S. Rahman, M.M. Haque, et R. Alom. 2017. Influence of pre-harvest bagging on fruit quality of mango (Mangifera indica L.) cv. Mollika [Influence de l'ensachage avant récolte sur la qualité de la mangue (Mangifera indica L.) cv. Mollika]. Journal of Bioscience and Agriculture Research 15(1):1246-1254.

Rathore, A.C., et A.K. Pal. 2016. Pre-harvest fruit bagging improves fruit quality of mango in Doon Valley [L'ensachage des fruits avant la récolte améliore la qualité de la mangue dans la vallée de Doon]. HortFlora Res. Spectrum 5(1):84-85.

Sargent, S. 2019. Communication personnelle.

Senaratna, T., D.H. Touchell, E. Bunn, et K. Dixon. 2000. Acetyl Salicylic Acid (Aspirin) and Salicylic Acid Induce Multiple Stress Tolerance in Bean and Tomato Plants [L'acide acétyle salicylique (aspirine) et l'acide salicylique induisent une tolérance au stress multiple dans les plants de haricot et les tomates]. Plant Growth Regulation 30(2):157-161.

Umar, Z. 2019. Modernizing Tomato Production in Nigeria [La modernisation de la production de tomates au Nigéria]. Deutsche Welle.

U.S. Department of Agriculture. 2016. Plant Protection and Quarantine [Protection et quarantaine des végétaux]. Manuel de traitement. Service d'inspection zoosanitaire et phytosanitaire

Citer comme suit:

Motis, T. 2019. Techniques pour augmenter la tolérance au stress des plantes et élargir le potentiel commercial des fruits. Notes de développement de ECHO no 143