Par: RL Tinsley, professeur émérite, Université d’État du Colorado
Publié: 30/04/2015


EDN 127 Private Service Providers - Preferred By Smallholders - Figure 1

Figure 1: Une femme propriétaire d’un petit agro-concessionnaire au Malawi qui vend des engrais, des semences, etc. et achète des céréales auprès des agriculteurs (essentiellement des femmes) qui commercialisent de petites quantités pour des liquidités immédiates.

Introduction

Comme tout agriculteurs, les petits exploitants ont besoin de services de soutien pour leur fournir des intrants de production, à la production excédentaire du marché, et de contribuer à d’autres services comme les contrats de mécanisation (pour la préparation du sol, le traitement post-récolte, la valeur ajoutée initialei), le crédit, etc. Dans les communautés des petits exploitants agricoles, les prestataires de service privés (PSP) fournissent normalement ces services de soutien essentiels qui, si elles sont entreprises individuellement, les détourneraient de la principale activité économique de l’agriculture et de l’élevage. Ces PSP font partie du système des petites et moyennes entreprises (PME) bien reconnues et promues. Souvent, ils peuvent être appelés plus raisonnablement Système d’Entreprise Familiale (SEF). Ces PSP sont généralement indigènes aux collectivités qu’ils desservent, et sont constitué souvent d’anciens agriculteurs qui se sont focalisés sur l’agriculture afin de soutenir leurs voisins à travers la fourniture de services. Ces entreprises sont souvent détenue et exploitées par des femmes (Fig. 1), et ont souvent un tel volume de marché limitée qu’elles sont très proche de la pauvretéii,iii.

Cet article s’intéresse de plus près aux PSP, représentés par le SEF. Comment sont-ils efficaces dans la fourniture de la majeure partie des services commerciaux nécessaires aux petits producteurs? Sont-ils une alternative compétitive au modèle de coopérative agricole hautement promu?

Le SEF représente un modèle d’affaires très fragmenté, avec chaque entreprise ayant un volume de marché limitée. Le meilleur exemple est la gestion par le gouvernement de l’énorme Talad, un marché Thai de vente en gros de produits frais en dehors de Bangkok. Il couvre 54 ha (133 acres) et comprend plusieurs énormes “entrepôts”. Cependant, à examiner de près, tout est divisé en de petites unités d’entreprises familiales de, peut-être, 10 x 20 m de surface toutes séparées  Chaque famille dépose un ou deux chargements  de produits par jour. Habituellement, les femmes détiennent l’argent et les maris supervisent le transport des produits  du produit, ainsi que  autres travailleurs occasionnels.

Dans le contexte des pays en développement, les petites entreprises familiales gèrent souvent la majeure partie de l’économie, notamment  dans le secteur de l’agriculture paysanne. Ils constituent le principal lien entre les petits agriculteurs et les grandes agro-industries qui transforment et livrent les denrées alimentaires au consommateur final ou pour  exportateurs, et distribuent des intrants à la fois d’origine nationale et étrangère. Cependant, les petites entreprises familiales sont souvent considérées par leur propres gouvernements et le monde du développement (plutôt soucieux de promouvoir un modèle de coopérative agricole) comme des prédateurs sur les petits agriculteurs. Cette condamnation est souvent mise en avant sans fondement, sans aucune analyse réelle et sans  document justificatif. Cela inclus la “Demande de  financement” des projets comme principale justification pour justifier l’utilisation du modèle d’affaires de coopérative agricoleiv.

En réalité, compte tenu de l’environnement économique sous-jacente, la relation entre les agriculteurs et le SEF (FES) est probablement plus symbiotique que prédateur/ Le SEF (FES) a été spontanément développé en partenariat avec les bénéficiaires des services comme un moyen commode de fournir les services nécessaires. Ils ont été développés pour être à la fois financièrement compétitive et pratique, en particulier lorsque les services de trésorerie immédiats sont importants dans le cadre d’une stratégie de gestion financière globale pour les petits agriculteurs. Avec cette stratégie, les agriculteurs conservent des biens, à la fois végétale et animale, en nature aussi longtemps que possible, puis vendent uniquement ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins de trésorerie immédiatsv.  

Lorsque les SEF (FES) sont en concurrence directe pour le même produit, comme le café ou l’ananas, avec le développement facilité par les coopératives agricoles, ils seront les bénéficiaires de toutes les ventes et en tant que telle, ils accaparent souvent une majorité substantielle de la part de marché, y compris celle des membres du projet qui contournent leur obligation par la loi de commercialiser exclusivement par la coopérative d’agriculteurs. Cela pourrait être de l’ordre de 90% du volume du marché, comme cela est le cas en Thaïlande et pour le café du commerce équitable en Ethiopieiv. Sous une telle concurrence ouverte, le modèle fortement encouragé et facilité de coopérative agricole a une part de marché qui peut représenter un peu plus que les remboursements de prêts limitant sévèrement l’impact potentiel d’une coopérative de lutte contre la pauvreté.

Enfin, les SEF (FES) sont les fournisseurs par défaut lorsque les efforts de développement ne sont pas durables à la fin du financement du projet (comme cela arrive trop souvent). À mon avis, le modèle de coopérative agricole est fortement promu pour son apport social, et les rapports sont plus destinés à apaiser les bailleurs de fonds plutôt que d’évaluer objectivement l’intérêt limité et la participation des petits exploitants bénéficiaires. Les rapports omettent souvent d’inclure un grand nombre de paramètres de base des affaires qui démontreraient la volonté des agriculteurs de participer mais surtout le degré de dépendance à l’égard du projet pour le service offert, contre le fait de détourner la majeure partie de leur activité au SEF en tant que fournisseurs privilégiésvi,v.

Environnement économique financièrement supprimévii

Peut-être que la caractéristique la plus commune des pays qui accueillent des projets de développement est un environnement économique financièrement faible servant un public pauvre. Dans ce contexte, les prix alimentaires à la consommation de la plupart des aliments produits localement (en particulier les légumes, poissons et le contrôle de prix des céréales de base) sont 1/3 à 1/5ème dans les pays développés comme les Etats-Unis ou l’Union européenne (Tableau 1)viii, mais les salaires sont à environ 1/12ème. Ceci oblige les gens à dépenser plus de 80% de leur revenu pour répondre aux besoins alimentaires de base. Cela restreint sévèrement le pouvoir d’achat du public, ce qui limite alors ce que le SEF peut facturer aux consommateurs, et à son tour limite la somme qu’ils peuvent payer aux petits producteurs. En conséquence, le modèle d’affaires sous-jacent pour la production et la livraison de nourriture doit être très efficace, surtout lorsque les prix des carburants pour le transport sont à considérer. Dans certaines régions éloignées, le coût de transport hors tarmac peut être le triple de celui de transport par l’autorouteix--un coût supporté par les agriculteurs des zones éloignées. Cela limite les marges de profit pour les systèmes d’entreprise familiale ; le principal moyen qu’ils ont de générer les profits est de réduire le coût des affaires, plutôt que d’augmenter les prix à la consommation. Les réalités économiques rendent également très difficile la concurrence pour les autres modèles d’affaires tels que les coopératives agricoles, à moins que, eux aussi ne soient très sensibles au coût (en évitant par exemple les services supplémentaires tels que des cabinets-conseils ou les soins en clinique qui doivent être financées par les frais générauxx). L’environnement économique financièrement supprimé limite également l’assiette fiscale sur laquelle le gouvernement compte pour les revenus qui est utilisée pour fournir des services civils, y compris le soutien de l’agriculture, de l’éducation et de la santéxi.

Tableau 1. Comparaison des prix à la consommation
Pays d’accueil La Marchandise
Riz (kg) Maïse (kg) Sucre (kg) Huile Vég (L) Oeuf (unité) Poulet (kg) Poisson (kg) Tomates (kg) Onions (kg) Aubergine (kg) Chou (kg) Gasoil (L)
Thailande 0,88   1,18 1,35 0,09 2,37 2,94 0,56 0,76 0,53 0,56 0,76
Népal 0,36   0,71 1,29 0,07 2,14 1,86 0,43 0,43 0,50 0,21 0,81
Tanzanie 0,66 0,23 0,78 1,32   3,12 1,95 0,78 1,17 1,17 1,17 1,00
Ethiopie 0,82 0,41 3,03 3,33 0,16 6,89 14,03 0,55 0,27   0,38 1,09
Kenya 1,22 1,22 1,50 2,31 0,11 4,42 2,72 0,54 0,82 0,82 0,54 1,02
Bolivie 1,07   0,53 1,73 0,07 1,87 1,07 1,07 0,34   0,11 0,53
Moyenne 0,84 0,62 1,29 1,89 0,10 3,47 4,10 0,66 0,63 0,76 0,50 0,87
Moy. USA 1,32 2,84 1,22 1,33 0,25 2,89 11,90 7,76 1,65 3,50 1,30 0,73
Proportion 0,63 0,22 1,05 1,43 0,41 1,20 0,34 0,08 0,38 0,22 0,38 1,19
Source: http://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/consumer-price-comparisons-usa-vs-host-country/

Chaîne de marché privé (Chaîne de Valeur)

Dans le but de promouvoir des modèles économiques alternatifs pour aider les communautés de petits exploitants agricoles, il est difficile de trouver une analyse détaillée de chaîne de marché de la part des prestataires de services privés ou des coopératives d’agriculteurs. Cependant, l’exemple trouvé dans le Tableau 2, pour la commercialisation de tomates au Népal, est typique d’une opération SEF (FES)xii. Au Népal, la plupart de ces systèmes impliquent deux familles apparentées : une famille chargée de la collecte au niveau de la communauté agricole et de l’achat auprès des agriculteurs, et une famille de la distribution à Katmandou et de la vente aux détaillants. Les grossistes pourraient commercialiser environ 20 caisses de tomates par jour de marché, pour que les camions qui font le voyage à Katmandou avec quelques 228 caisses de tomates représentent le volume du marché consolidé de jusqu’à 10 paires de grossistes.

Tableau 2. Analyse des coûts de marketing pour la livraison de 100 kilos de tomates à la consommation à Katmandou
Item Poids nécessaire (kg) Coût unitaire ($US)a Nombres d’unitésb Coût/100 kg livré ($US)
Prix d'achat 126 12,54/ 100 kg 1,26 15,06
7% réglage du poids pour dégâts au marché local 117      
Caisse d'expédition 117 0,035/crate 4,18 0,146
Matériau d'emballage 117 0,016/crate 4,18 0,068
Main d'oeuvre d'emballage 117 0,032/crate 4,18 0,135
Chargement 117 0,032/crate 4,18 0,135
Impôt sur le marketing 117 0,0485/crate 4,18 0,203
Frais de transport 117 0,436/crate 4,18 1,823
Déchargement à Kathmandou 117 0,0485/crate 4,18 0,203
Le taxe de marché à Kathmandou 117 0,0485/crate 4,18 0,203
Frais divers, routes, etc. 117 0,032/crate 4,18 0,135
Réglage du poids pour la respiration (4,8%) et dégats (6%) 105      
Frais de bagagiste au kiosque 105 0,009/kg 105 0,945
Réglage du poids au kiosque 100      
Coût total       18,86
aBasé sur les prix moyens en Déc/Jan.  Tous les montants ont été convertis de Nepal Roupie à US $ = 55,0 Roupies
bSous-entend qu’une caisse en plastique tiendra 28 kg.

Le prix à la consommation à Katmandou peut être le triple du prix nominal reçu par l’agriculteur, mais toujours seulement 1/6ème du prix à la consommation aux États-Unis (tableau 1). Cependant, le chaîne de marketing est assez efficace, avec un coût total de la commercialisation d’environ US $ 4/100 kg (18,86 - 15,06 = 3,80). Cette tendance restera relativement constante durant toute la saison de la tomate, avec beaucoup de variation des coûts à la consommation qui vont effectivement à l’agriculteur. Après ajustement pour les 26 kg de pertes durant le processus de commercialisation, les agriculteurs reçoivent de US $ 41 à $ 12 pour 100 kg de tomates sur le marché (64% du prix à la consommation en début de saison, quand il y a des tomates en quantités limitées, en baisse de 32% du prix à la consommation à la mi-saison, quand il y a surabondance de tomates). Pendant ce temps, les commerçants grossistes reçoivent de US $ 6 à $ 10 pour 100 kg de tomates commercialisées (15 à 30% du prix à la consommation). Cela est surtout bien en dessous des coûts de 35% de frais généraux associés à la commercialisation par les agriculteurs appartenant à des coopératives (selon l’Association des producteurs centrale de la Zambie, qui se concentre sur le tabac où ils ont le monopole du contrôle du plancher de vente aux enchères ; la plupart des membres vendent leurs autres produits à la PSP)xiii

Les SEF (FES) beaucoup décrié par les intermédiaires font des revenus modestes mensuels de US $ 232 à $ 580, répartis entre les deux familles apparentées (US $ 131 à US $ 290 par famille), et en fonction du nombre de caisses commercialisées. Cela n’est pas un revenu excessif, compte tenu du risque financier. Le revenu limité des petits agriculteurs devrait être attribuée principalement à l’économie supprimé globale qui limite le pouvoir d’achat des consommateurs, plutôt qu’aux bénéfices excessifs engrangés par les commerçants privés. Ces derniers fournissent un service à un coût raisonnable avec des coûts de transport élevés (tels que le carburant et les pièces de rechange des véhicules).

Résumé

Avant de considérer les modèles économiques alternatifs (tels que des coopératives agricoles) pour soutenir les petits producteurs, je suggère qu’une analyse détaillée du modèle SEF (FES) indigène soit comparée à une analyse détaillée du modèle proposé. Bien que souvent décrié comme prédatrice pour les petits exploitants, le SEF (FES) peut effectivement offrir un service hautement concurrentiel. La plupart des importantes majorations peuvent être attribués à des dépenses d’affaires légitimes, alors que l’économie globale supprimée limite sévèrement le prix à la consommation et donc les marges de profit. Les revenus modestes résultant des intermédiaires seront difficiles à concurrencer.

Malheureusement, très peu de comparaisons détaillées existent entre PSP et coopératives agricoles hautement promues. Un avantage concurrentiel est généralement supposé pour ce dernier, mais l’avantage concurrentiel envisagé pourrait facilement disparaître au vu des coûts généraux plus élevés, dont certains peuvent être facilement prévisibles et pris en comptexiv. Lorsque des projets sont financés par les bailleurs de fonds d’aide au développement, le modèle de coopérative agricole requiert une assistance externe continue et étendue, qui chancelle habituellement une fois l’assistance terminée.
La comparaison dans les affaires devrait être mandatée par les donateurs. Si le SEF (FES) se révèle plus compétitif et avantageux pour les petits agriculteurs, les projets doivent focaliser leur attention sur le SEF (FES) afin de les aider à mieux servir les communautés de petits producteurs et de renforcer l’effort de réduction de la pauvreté. Malheureusement, le modèle de coopérative agricole a trop souvent des obligations dans les documents de projet sans avoir la possibilité d’envisager des alternatives. En conséquence, les promoteurs ont besoin de “truquer” les rapports pour apaiser les bailleurs de fonds, consolidant davantage les modèles que les bénéficiaires évitent largement, et anticipant l’évolution de futurs projets pour mieux aider les petits exploitants bénéficiairesxv.

Footnote Links

ihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/1st-value-added-clean-bag-of-grain/
iihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/lusaka-tomato-vendor/  
iiihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/banana-trader-uganda/ 
ivhttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/perpetuating-cooperatives-deceptivedishonest-spin-reporting/   
vhttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/financial-management-strategy-retain-assets-in-kind/
vihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/request-for-information-basic-business-parameters/
viihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/financially-suppressed-economy/  
viiihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/consumer-price-comparisons-usa-vs-host-country/ 
ixhttp://webdoc.agsci.colostate.edu/smallholderagriculture/Off-TarmacTransportCosts.pdf 
xDans le contexte de cet article, les “frais généraux” sont les frais généraux durables représentant le coût pour soutenir le projet, une fois que l’assistance et les subventions prennent fin. Il serait tout à fait injuste d’inclure les coûts de d’assistance externe dans cette comptabilité. 
xihttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/financially-stalled-governments/  
xiihttp://webdoc.agsci.colostate.edu/smallholderagriculture/CH4-MarketingTomatoesNepal.pdf 
xiiihttp://webdoc.agsci.colostate.edu/smallholderagriculture/SMC-RLT-Report.pdf  
xivhttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/loss-of-competitive-advantage-areas-of-concern/ 
xvhttp://smallholderagriculture.agsci.colostate.edu/project-development-process-who-represents-the-smallholders/