Par: Stacy Swartz
Publié: 18/10/2019


Lorsque le sujet de la lutte contre les ravageurs agricoles est mentionné, la plupart des gens pensent d’abord à la surveillance des ravageurs ou à l’intervention visant à réduire les ravageurs: le dépistage, l’identification des ravageurs et / ou l’application de pesticides sont des pratiques spécifiques. Cependant, la prévention est une stratégie clé souvent négligée que les agriculteurs peuvent utiliser pour minimiser la probabilité de problèmes d'insectes ravageurs. Cet article explore le rôle de la prévention dans un plan de lutte antiparasitaire.

Introduction

Qu'est-ce qu'un ravageur?

Un ravageur en agriculture est un organisme ou un agent infectieux qui provoque un stress ou endommage une plante ou un produit végétal souhaité. Par exemple, une mauvaise herbe est un ravageur si elle rivalise avec une culture pour l’obtention des ressources, causant à la culture un stress qu’elle n’aurait pas autrement eu. Les bactéries, les champignons et les virus infectieux sont responsables de maladies et sont donc des ravageurs. Ces petits ravageurs sont transférés d’une plante à une autre par l’eau, par l’air, par des insectes ou par des animaux plus grands (y compris les humains). Les ravageurs les plus connus sont les insectes, allant de la petite mouche blanche au grand essaim de sauterelles. Les ravageurs plus grands tels que les oiseaux, les souris et les lapins peuvent également causer des dégâts dans le champ.

Certains ravageurs s’attaquent à des produits agricoles entreposés, tels que les céréales et les légumineuses (Sallam, 1999; Manandhar et al., 2018). Cependant, cet article se concentrera sur la lutte préventive contre les ravageurs dans le champ. Dans la suite de cet article, le terme «ravageur» ne désignera que les ravageurs en agriculture qui s’attaquent aux cultures dans le champ.

Un bref historique des pesticides

Tout au long de l’histoire et à travers les cultures, les agriculteurs ont utilisé diverses ressources, stratégies et pratiques pour lutter contre les pressions des insectes dans le champ. Les composés d'origine naturelle (par exemple, le soufre) sont utilisés comme pesticides depuis des milliers d'années. En revanche, les pesticides synthétiques ne sont fabriqués et utilisés que depuis les années 1940.

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Figure 1. Utilisation totale de pesticides par région dans les tropiques au fil du temps. Source: FAOSTAT 2019

Tendances dans les pays du nord: La combinaison de la révolution industrielle et de la révolution verte dans les pays du nord a permis la diffusion relativement rapide et l'utilisation à grande échelle de pesticides synthétiques sans considération pour la santé humaine ou l'environnement. Des préoccupations liées à l'utilisation des pesticides sont apparues dans les années 1960, menant à la création d'agences de protection. À présent, les pesticides sont largement contrôlés par des réglementations gouvernementales qui varient d’un pays à l’autre, mais qui visent généralement à protéger les ouvriers agricoles, les manipulateurs de pesticides et l’environnement.

Tendances dans les pays du Sud: Dans les pays du Sud, l'accès aux pesticides synthétiques, leur utilisation et leur réglementation ont varié au fil du temps et d'une région à l'autre. La Figure 1 illustre certaines tendances récentes de l'utilisation de pesticides par région. L'utilisation de pesticides en Amérique du Sud et en Amérique centrale a augmenté au cours des trois dernières décennies, tandis que les autres régions tropicales sont restées à peu près les mêmes (FAOSTAT, 2019; Schreinemachers et Tipraqsa, 2012). Près de 25% des pays du Sud ne disposent pas de réglementation sur les pesticides et (lorsque cette réglementation existe) de sa mise en application. Cela est dû à l'insuffisance des ressources, au manque de stimulation à la mise en application, à la limitation des normes environnementales et au manque de cohésion entre les ministères concernés (Phung et al., 2012; Schreinemachers et Tipraqsa, 2012; Kegode, 2019). Souvent, les agriculteurs ne sont pas suffisamment informés sur la manière de bien mélanger et manipuler les pesticides, éliminer leurs contenants de pesticides et d'utiliser un équipement de protection individuelle. Dans le but d'unifier les normes internationales en matière de gestion des pesticides et de réduire certains des effets négatifs des lacunes réglementaires, la FAO et l'OMS ont publié conjointement le Code de conduite international sur la gestion des pesticides.

Préoccupations en matière de lutte antiparasitaire

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Figure 2. Étapes d'un exemple de cycle de lutte intégrée. La planification peut commencer à n’importe quel stade du cycle et l’ordre des étapes est flexible. L'icône en pyramide indique des étapes comprenant des stratégies de prévention ou d’élimination des ravageurs. Certaines stratégies de l'étape «Prévention» sont décrites dans cet article et illustrées à la figure 5. Source: Adapté de farmbiosecurity, licence de Creative Commons Attribution 3.0

Les pesticides sont devenus un élément essentiel d'une production alimentaire durable pour répondre aux besoins d'une population mondiale croissante. Cependant, l'utilisation généralisée des pesticides pose des problèmes pour la santé humaine, l'environnement et la durabilité à long terme. À titre d'exemple, le processus de résistance des ravageurs aux pesticides réduit l'efficacité à long terme de ces pesticides.

Les changements climatiques, l'introduction de nouveaux ravageurs et plusieurs autres facteurs ont accru la pression des ravageurs sous les tropiques, où l'insécurité alimentaire est déjà une préoccupation majeure. Les ravageurs contribuent grandement aux pertes de récoltes et les agriculteurs des régions à ressources limitées subissent certains des effets les plus importants (Chakraborty et Newton, 2011). Par exemple, au cours des trois dernières années en Afrique de l'Est, la sécheresse combinée à l'invasion de la chenille légionnaire d'automne ont entraîné des pertes de récolte de maïs pouvant atteindre 100% pour certains agriculteur (FAO, 2017; Sisay et al., 2019).

La situation mondiale actuelle requiert une approche multidimensionnelle de la lutte antiparasitaire. Pour être largement applicable, cette approche doit fournir aux agriculteurs des options pour lutter contre les ravageurs à différentes échelles de la production (des petites exploitations aux très grandes exploitations) avec une diversité de ressources. La lutte intégrée, une stratégie basée sur les innovations des agriculteurs, est hautement adaptable à des contextes spécifiques et réduit la dépendance aux pesticides tout en reconnaissant leur utilisation. La lutte intégrée gagne du terrain depuis 1989; en particulier, les fermes-écoles ont efficacement sensibilisé les agriculteurs à la lutte intégrée (Peshin et al., 2009). 

La lutte intégrée se concentre sur le système global et vise la prévention à long terme des ravageurs en utilisant une combinaison de techniques et de contrôles. Le plan de lutte intégrée de chaque agriculteur devrait s’améliorer constamment au fil des cycles, comme le montre la figure 2. Le reste de cet article aborde les aspects de connaissance et de prévention du cycle.

La Connaissance

L'apprentissage est utile à tout moment dans une stratégie de lutte intégrée en constante amélioration, mais peut s'avérer particulièrement avantageux lors du démarrage d'un plan de lutte intégrée. L'obtention de certaines informations importantes peut nécessiter la collaboration de la communauté.

Identifier les ravageurs importants dans la région

La pression saisonnière des insectes peut changer d'année en année en raison de l'introduction de nouveaux ravageurs issus du commerce mondial et / ou de la propagation abiotique de ravageurs et de maladies. Néanmoins, il est important de prendre note des ravageurs que les agriculteurs voient régulièrement au cours des différentes saisons culturales. Cela vous aidera à comprendre quels ravageurs sont communs et à quel moment ils ont tendance à apparaitre chaque saison.

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Figure 3. <>Œufs (à gauche) et adultes (à droite) de bruches de niébé (Callosobruchus maculatus). Sur la graine de niébé, vous pouvez également voir un trou d’où l’une des larves est sortie. Source: Tim Motis

Connaitre les cycles de vie des ravageurs importants

La durée de vie et le cycle de vie des ravageurs varient énormément. Vous devriez pouvoir identifier les ravageurs courants à différents stades de leur vie, tels que les œufs, les larves, les nymphes, les pupes et les adultes (Figure 3). Si vous pouvez reconnaître les étapes du cycle de vie des ravageurs, vous serez plus en mesure d’intervenir, car certaines interventions ne sont efficaces qu’à certaines étapes de la vie. Des informations telles que la durée de vie et / ou la présence d'un stade ailé vous permettent d'estimer le taux potentiel de propagation et / ou de mobilité de la population de ravageurs.

Identifier les ennemis naturels des ravageurs importants

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Figure 4. La coccinelle (Harmonia sp.), un insecte prédateur nuisible. La larve sur la photo de gauche se nourrit de pucerons. La photo de droite montre une coccinelle adulte. Les deux étaient sur des feuilles de sorgho à ECHO en Floride. Source: Tim Motis

Les ennemis naturels des ravageurs peuvent vivre dans l'environnement et permettent déjà de contrôler naturellement la population de ravageurs. Certains ennemis naturels sont bien connus (Figure 4), tandis que d'autres peuvent être déterminés en observant attentivement les interactions entre les ravageurs et les autres espèces. Une fois que vous connaissez des ennemis naturels, vous pouvez noter leur abondance relative avant et pendant la saison des cultures.

Déterminer les facteurs dans la zone de culture qui affectent la pression des ravageurs

Accordez de l’attention aux facteurs dans la zone de culture qui affectent la pression des ravageurs. Ceux-ci peuvent être environnementaux, telles que les tendances observées dans le champ pendant et après la saison des cultures. Ils peuvent également comprendre des dynamiques culturelles, économiques, politiques et sociales. Voici quelques exemples de questions pouvant faire l’objet de réflexion et de discussion au niveau communautaire:

  • Est-ce que tout le monde sème en même temps? Certains ravageurs n'affectent les cultures que pendant des périodes spécifiques du développement des plantes. Si tous les agriculteurs d'une région sèment une culture en même temps, ils subiront vraisemblablement tous la même pression parasitaire. Cependant, si la culture d’un agriculteur est en retard par rapport à celles de tous les autres, cet agriculteur risque de subir une pression de ravageurs nettement plus importante.
  • Est-il socialement et culturellement acceptable d'appliquer des pesticides dans la région? Si l’Etat restreint l'utilisation de certains pesticides, les agriculteurs devraient suivre les réglementations et les directives définies par les autorités locales. Si certaines applications de pesticides sont d'une manière ou d'une autre socialement inacceptables, les agriculteurs devraient s'assurer que la communauté soit au courant de leur plan de lutte intégrée, de sorte que la communauté puisse réagir de la manière qui lui convient le mieux. Par exemple, si un agriculteur applique des pesticides sur les cultures situées à côté d'une école, la communauté peut indiquer que cela doit être fait lorsque les élèves ne sont pas à l'école pendant un certain temps. La communauté peut également demander à l'agriculteur d'installer une haie entre son champ et l'école. La communauté a-t-elle exprimé des objectifs en matière de lutte contre les ravageurs?

  • Quelles options de lutte sont réalisables compte tenu des ressources disponibles? Énumérez les techniques de lutte antiparasitaire actuellement utilisées et notez leur efficacité (en sachant que cela sera probablement subjectif). Quelles sont les proportions de temps, de ressources et d’efforts consacrées actuellement à la lutte antiparasitaire? Le manque de ressources peut limiter le nombre de techniques de lutte antiparasitaire durables et réalisables.

La connaissance est un élément important de la stratégie de lutte intégrée. Elle responsabilise les agriculteurs en sensibilisant davantage les populations aux caractéristiques des ravageurs et en les aidant à changer leurs mentalités, afin qu’ils se concentrent de manière proactive sur la prévention des problèmes d’insectes ravageurs au lieu d’attendre de manière réactive de voir et de traiter les problèmes qui pourraient survenir.

La Prévention

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Figure 5. Catégories de méthodes de contrôle et exemples. Des exemples de techniques préventives se trouvent au bas de chaque case, tandis que des exemples d’élimination sont en haut de chaque case. Source: Stacy Swartz

La prévention des ravageurs (parfois appelée l’évitement des ravageurs) consiste à minimiser délibérément la possibilité que des ravageurs soient présents dans le champ. Les mesures préventives constituent le fondement de la lutte intégrée, réduisant au minimum les risques de dégâts aux cultures. Parmi toutes les méthodes de lutte contre les ravageurs (biologiques, physiques, culturales et chimiques, par exemple), certaines techniques sont préventives tandis que d'autres sont suppressives (Figure 5). Les techniques préventives créent des conditions défavorables pour les ravageurs, par exemple en limitant leur accès à l’eau, à des sources de nourriture ou à un abri. Les techniques suppressives tuent ou piègent les ravageurs, réduisant les populations existantes. Cette section se focalise uniquement sur les méthodes préventives.

Principes et exemples de prévention

Choisir des cultures ou des variétés les plus aptes à résister aux insectes

Les cultures diffèrent par leurs défenses naturelles contre les insectes ravageurs, de même que les variétés de cultures individuelles. Les plantes se défendent activement contre les ravageurs de plusieurs manières.

Les plantes non préférentielles ont une caractéristique (couleur, odeur, toxicité ou texture, par exemple) qui les rend indésirables pour les ravageurs. Par exemple, diverses espèces de haricots ont des trichomes (poils de plantes spécifiques) qui piègent les insectes ou les dissuadent de se poser ou de pondre leurs œufs sur les feuilles. Autre exemple, certaines plantes ne sont pas bonnes au goût ou sont toxiques, ce qui dissuade les animaux ravageurs de s’en nourrir (au moins une deuxième fois).

Les plantes résistantes réagissent aux dégâts causés par les ravageurs de manière à réduire l’ampleur des dégâts que le ravageur peut causer. De nombreux cultivars résistants ont été développés par sélection des cultures.L’Institut international de recherche sur le riz a mis au point divers cultivars résistants. Des programmes de sélection du sorgho ont conduit à une résistance de la plante hôte pour lutter contre le moucheron du sorgho, la punaise verte, les acariens, les pucerons et les chenilles (Sharma, 1993). L'Institut international d'agriculture tropicale a mis au point des variétés de manioc résistantes à la maladie de la mosaïque du manioc et à la maladie de la striure brune du manioc (Hahn et al., 1980).

Les plantes tolérantes sont plus susceptibles de rester relativement en bonne santé et de conserver leur rendement après que les ravageurs les ont endommagées. Elles peuvent lutter contre les maladies et/ou guérir après des dégâts déjà causés. Les phytogénéticiens sélectionnent souvent la caractéristique de tolérance des cultures. Les tomates et le concombre ont des niveaux de tolérance variables aux infections virales du virus de la jaunisse de la tomate  et du virus de la mosaïque du concombre, respectivement (Pagán et García-Arenal, 2018).

Maintenir la résistance des plantes aux ravageurs / maladies

La santé du matériau de multiplication contribue à l’établissement d’une culture performante. Assurez-vous que les semences que vous collectez et conservez soient pleinement développées et mûres. Choisissez des semences saines / du matériau de propagation sain, exempt de maladie, viables (vivants) et vigoureux (fort). Certaines maladies se propagent par le biais du matériau de multiplication infecté tel que les boutures. Tout au long de la saison des  cultures, surveillez la résistance ou la tolérance des plantes, marquez celles qui présentent une plus grande résistance et conservez le matériau de propagation de ces plantes spécifiques.

Lorsque les plantes ont accès aux ressources dont elles ont besoin, elles peuvent souvent lutter contre les ravageurs et les maladies. Lorsqu'elles manquent des ressources nécessaires, elles deviennent faibles et sont incapables de récupérer aussi rapidement. Pour réduire ces risques, semez à temps, avec le bon espacement, et satisfaites aux exigences des cultures en eau et en éléments nutritifs. Cela peut requérir une application fractionnée d’intrants (par exemple du fumier ou du compost) plusieurs fois au cours de la saison des cultures, afin de fournir aux cultures suffisamment d’éléments nutritifs pour se développer à différents stades de développement.

Pratiquer l'assainissement dans le champ

Les ravageurs restent parfois et se multiplient sur des plantes non cultivées telles que les mauvaises herbes qui poussent parmi les cultures. Vous pouvez aider à maîtriser les populations de ravageurs en réduisant ou en perturbant leur habitat autour de la culture. Arrachez les plantes adventices/mauvaises herbes qui créent un habitat pour les ravageurs, ainsi que les plantes ou les résidus de plantes qui sont malades. Un bon assainissement dans le champ signifie également le nettoyage du matériel après que l’on s’en soit servi pour travailler autour des plantes infectées. Si vous utilisez des élagueuses sur des cultures infectées, assurez-vous de stériliser l'outil (par la chaleur, de l'alcool isopropylique ou du vinaigre) avant de l'utiliser sur des cultures non infectées, afin de réduire les risques de transmission de maladies.

Rotation des cultures (dans le temps et / ou dans l'espace)

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Figure 6. Exemples de rotations de cultures dans le temps (quatre saisons / années consécutives sont illustrées en A) ou dans l'espace et le temps (B; les couleurs en B correspondent aux exemples de cultures en A). Source: Stacy Swartz

Dans les zones où plusieurs cultures sont cultivées à la fois, vous pouvez effectuer une rotation de groupes de cultures dans l’espace et dans le temps (Figure 6B). Le fait de transférer les plantes de la culture hôte d'un endroit à un autre aidera à réduire les populations de ravageurs au fil du temps.Les cultures de la même famille ont tendance à être sensibles à des ravageurs et à des maladies similaires. La rotation des cultures dans le temps et / ou dans l'espace peut briser le cycle de vie d'un ravageur en arrachant  la culture hôte dont il a besoin pour survivre. Une possibilité consiste à effectuer la rotation d’un champ spécifique avec des cultures sensibles à différents ravageurs, dans le temps (Figure 6A). Les cultures qui dissuadent ou tuent les ravageurs peuvent être incluses dans les programmes de rotation des cultures; Par exemple, vous pouvez effectuer une rotation des cultures sensibles aux nématodes avec un nombre quelconque de cultures éliminant les nématodes (voi EDN 75 pour certaines possibilités).

Vous devrez peut-être songer à semer vos cultures en sachant à quel moment les populations d'insectes ravageurs risquent de devenir un problème. Si un ravageur particulier entre en dormance pendant un certain temps (en raison du temps froid ou sec) et que vous semez avant l'apparition du ravageur, les plantes peuvent prendre une longueur d'avance et se fortifier avant que les ravageurs ne soient abondants. Toutefois, notez que si les agriculteurs de votre région sèment à des moments différents, les cultures de certains agriculteurs risquent de subir une plus grande pression de la part des ravageurs du fait qu’ils aient semé de manière asynchrone. Assurez-vous de savoir comment des décisions telles que le moment des semis sont prises aux niveaux individuel et communautaire.

La conception pour détourner ou minimiser les ravageurs (gestion de l'habitat)

On peut soutenir que les moyens les plus durables de prévenir les problèmes de ravageurs à long terme sont liés à la gestion de l'habitat. Cette approche comprend la conception de systèmes de manière à éloigner les ravageurs des cultures agronomiques ou à créer des conditions plus favorables pour leurs ennemis naturels. Presque toutes les méthodes et techniques de gestion de l’habitat augmenteront la diversité globale des plantes d’un système. Gurr et al. (2003) expliquent en quoi la diversité des plantes contribue à la lutte antiparasitaire tout en limitant les intrants. Les auteurs décrivent également comment les avantages de la diversité dans les systèmes agricoles vont au-delà de la lutte contre les ravageurs.

La conservation de zones indigènes autour des cultures peut aider à prévenir les ravageurs de plusieurs manières. Les plantes indigènes abritent des insectes utiles qui s'attaquent aux ravageurs ou courent après leurs ressources. Les haies autour des cultures peuvent également bloquer visuellement ou physiquement l’entrée de certains ravageurs.

Parfois, un agriculteur plante une culture-piège sur le périmètre extérieur de la parcelle. Une culture piège est une plante hôte privilégiée pour un ravageur qui affecte également une culture primaire; en le plantant autour du périmètre, le ravageur est éloigné de la culture à l’intérieur du champ pour infester la culture piège. Sur certaines cultures-pièges, les ravageurs ne peuvent pas terminer leur cycle de vie et les agriculteurs ne doivent donc pas combattre la culture-piège. Dans d’autres situations, pour briser le cycle de vie d’un insecte nuisible, les agriculteurs récoltent puis détruisent les cultures-pièges, soit en donnant à manger la matière végétale aux animaux, soit en la brûlant.

Les agriculteurs peuvent pratiquer la culture intercalaire avec des plantes compagnes. Les plantes compagnes ont des effets bénéfiques sur les cultures de différentes manières. Certaines repoussent des ravageurs auxquels les cultures de rente sont vulnérables ou sensibles. Un exemple est le souci, qui peut réduire un certain nombre de ravageurs dans diverses cultures (pour plus d'informations sur les soucis, voir EDN 132). D'autres plantes compagnes attirent les prédateurs naturels des ravageurs.

L'approche «poussée-traction» dans la lutte contre les ravageurs intègre simultanément des cultures-pièges et des plantes compagnes. Le Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes et le système de l'Institut de recherches agricoles du Kenya ont mis au point le système décrit dans EDN 116

Conclusion

Les petits agriculteurs sous les tropiques sont confrontés à des obstacles de plus en plus accablants. La croissance démographique, le climat mondial instable et la nécessité d'une productivité à long terme rendent difficile une production alimentaire durable. La lutte intégrée est une plate-forme pour doter les agriculteurs de compétences décisionnelles variées. Lorsque les agriculteurs se focalisent sur les connaissances et les mesures préventives, ils commencent à avoir le sentiment de maîtriser leur production et leur état d'esprit concernant la gestion des ravageurs passe de réactif à préparatoire.

Références

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Gurr, G.M., S.D. Wratten, et J.M. Luna. 2003. Biodiversité agricole multifonctions: lutte antiparasitaire et autres avantages. Basic and Applied Ecology 4(2):107-116.

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Kegode, G.O. 2019. Synthetic Pesticides in Africa: the Good, the Bad, and the Ugly. Feed the Future [Les pesticides synthétiques en Afrique: les bonnes, les mauvaises et les vilaines. Nourrir le futur]. Consulté le 11 septembre 2019. https://www.agrilinks.org/post/synthetic-pesticides-africa-good-bad-and-ugly

Manandhar, A., P. Milindi, et A. Shah. 2018. An Overview of the Post-Harvest Grain Storage Practices of Smallholder Farmers in Developing Countries [Aperçu des pratiques de stockage des céréales après récolte des petits exploitants dans les pays en développement]. Agriculture 8(4):57.

Pagán, I., et F. García-Arenal. 2018. Tolerance to plant pathogens: theory and experimental evidence [Tolérance aux agents phytopathogènes: théorie et preuves expérimentales]. International Journal of Molecular Sciences 19(3):810.

Peshin, R., R.S. Bandral, W.J. Zhang, L. Wilson, et A.K. Dhawan. 2009. Integrated Pest Management: A Global Overview of History, Programs and Adoption. In: Integrated Pest Management: Innovation-Development Process [Lutte intégrée: aperçu mondial de l'histoire, des programmes et de l'adoption. Dans: Lutte intégrée: Processus d’innovation et de développement]; R. Peshin et A.K. Dhawan, Eds. Springer, Dordrecht.

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